Frictions entre Netanyahu et les États-Unis

Les États-Unis ont toujours été aux côtés des dirigeants israéliens. Ainsi, le président Truman a reconnu l'État d'Israël 11 minutes seulement après la proclamation faite par David Ben-Gourion le 14 mai 1948 (1), ce qui en fait certainement de loin la reconnaissance la plus rapide de l'histoire. Par la suite, les États-Unis ont fourni chaque année au gouvernement israélien une aide financière et militaire importante, ils ont mis à son service leur prépotence internationale, ils ont paralysé les initiatives de paix des Nations Unies en employant leur veto à 41 reprises (2) et ils ont aussi jugulé de nombreuses propositions au stade préparatoire, avant qu'elles ne parviennent au Conseil. Cela s'est fait essentiellement pour des raisons de politique intérieure, mais aussi juridiques (voir Le United States-Israel Enhanced Security Act).

Le couple américano-israélien s'est révélé soudé, jusqu'ici, et chaque président américain a insisté sur le caractère unique et indissoluble du lien entre les deux pays. Mais le premier ministre israélien Binyamin Netanyahu semble avoir temporairement fissuré cette relation. Les États-Unis n'ont pas réagi au moment de la sortie de la vidéo qui montrait Netanyahu assurant qu'il avait torpillé les négociations avec les Palestiniens (voir Binyamin Netanyahu affirme avoir saboté le processus de paix), mais l'accumulation des commentaires qu'il a faits récemment a fini par poser des problèmes à la Maison Blanche.

D'une part, son affirmation dans la vidéo que les États-Unis pouvaient être «manœuvrés aisément» les a fait apparaître comme le pantin d'Israël. Or aucune grande puissance n'aime perdre la face. Il en va de sa crédibilité, tout comme pour le chef d'une organisation criminelle. C'est ce que Noam Chomsky appelle la doctrine de la mafia (3).

D'autre part, Binyamin Netanyahu a annoncé que la construction de nouvelles colonies continuerait, que Jérusalem-Est ne serait pas rendue aux Palestiniens et qu'il s'opposait à la fin de l'occupation militaire israélienne et à l'établissement d'un État palestinien souverain (4). En se dressant ainsi publiquement contre les Nations Unies, il traite la communauté internationale par dessous la jambe et il atteint de nouveau la crédibilité des États-Unis puisqu'ils souscrivent officiellement aux positions du Conseil de sécurité, même si leurs actes vont en sens contraire, notamment leur aide financière, sans laquelle la colonisation serait très difficile à soutenir. 

En réponse aux déclarations de Netanyahu, Denis McDonough, le chef de cabinet du président Obama, a prononcé des paroles qu'on a très rarement l'occasion d'entendre de la part du gouvernement américain: «Israël ne peut pas maintenir indéfiniment sa domination militaire sur un autre peuple. Une occupation qui dure depuis presque 50 ans doit se terminer» (5).

McDonough a déclaré aussi que les commentaires de Netanyahu «mettent en cause son engagement envers une solution des deux États, comme l'ont fait ses paroles que la construction de colonies a pour but stratégique de séparer les communautés palestiniennes [...]» (6).

(1) Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press, New Haven, 2008, p. 178.
(2)  Jewish Voice for Peace, «No More US Vetoes at the UN», 
accès le 16 juin 2015, https://jewishvoiceforpeace.org/campaigns/no-more-us-vetoes-at-the-un.
(3) Johannes Hautaviita, «Chom
sky: "The Mafia Doctrine", or the Crucial Issue for the US in Syria Is Credibility», Truthouthttp://www.truth-out.org/opinion/item/18900-chomsky-the-mafia-doctrine-or-the-crucial-issue-for-the-us-in-syria-is-credibility, 17 septembre 2013. Sur la doctrine de la mafia, voir l'ensemble de l'œuvre politique de Noam Chomsky.
(4) Peter Beaumont, «Israel election: Binyamin Netanyahu rules out Palestinian state if he wins»,
The Guardian, 16 mars 2015.
(5) Jon Stone, «Israel must end its 50-year occupation of Palestine, the White House says»,
The Independant, 24 mars 2015.
(6)
Ibid.

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