La Cour pénale internationale suit les événements actuels à Gaza

À Gaza, les manifestations de la Grande Marche du retour durent maintenant depuis six semaines. Le 5 mai 2018, on déplorait 49 morts chez les Palestiniens (aucun chez les Israéliens) et au moins des centaines de blessés (aucun non plus chez les Israéliens). Les Nations Unies et l'Union européenne ont demandé des enquêtes indépendantes (1).

Les militaires israéliens ont reçu la consigne de tirer à balles réelles. Pour Nadav Weiman, un ex-sniper israélien, c'est une consigne folle : «Pas un soldat israélien n'a eu à subir la moindre égratignure à cause de ces protestations qui se déroulent à 300, voire à 500 mètres, de la barrière. Non seulement ces hommes, ces femmes et ces enfants désarmés ne représentent aucune menace contre la sécurité d'Israël, ils ne menacent même pas la sécurité des soldats qui sont postés de l'autre côté» (2).

La Cour pénale internationale suit les événements. Le 8 avril, Fatou Bensouda, procureur de la Cour, a fait une déclaration, dont voici des extraits : 

«Je suis extrêmement préoccupée par  la violence et la détérioration de la situation dans la bande de Gaza dans le contexte des récentes manifestations massives [...]. Les violences perpétrées contre des civils dans une situation comme celle qui prévaut à Gaza pourraient constituer des crimes visés au Statut de Rome de la Cour pénale internationale [...]. Je rappelle à toutes les parties que la situation en Palestine fait l'objet d'un examen préliminaire amorcé par mon Bureau.»

Comme cela a déjà été dit dans ce blog, il me paraît clair que les attaques par roquettes, les attentats suicides et les autres actions de ce genre sont gravement contre-productives, cela pour toute une série de raisons (voir La violence est le problème, pas la solution). Si les Palestiniens adoptent la non-violence et utilisent des moyens comme le recours aux marches de protestation, aux tribunaux internationaux et aux autres instances internationales (voir La Palestine dépose une plainte contre Israël sous l'égide de la Convention contre le racisme), c'est une excellente nouvelle pour la cause de la légalité internationale mais aussi pour celle de la solution des deux États. 

Les Palestiniens ont en face d'eux un ennemi formé de la plus grande puissance militaire régionale et de la première puissance mondiale. Selon moi, leurs chances de gagner sont voisines de zéro, à moins d'obtenir le soutien de la majorité de la population israélienne ou, à défaut, de l'ensemble de la communauté internationale. Ce soutien sera beaucoup plus facile à obtenir si les Palestiniens sont vus comme des gens pacifiques.

(1) AFP, «Gaza : des dizaines de Palestiniens blessés par des tirs israéliens », Libération, 4/5/2018.
(2) Luis Lema, «"À Gaza, les consignes données aux soldats israéliens sont honteuses"», Le Temps, 13/4/2018.

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