La mort d'Abdel Fattah al-Sharif

Le 24 mars 2016, Elor Azaria, un sergent israélien, s'est approché d'un Palestinien inanimé, étendu sur le sol, et l'a tué d'un coup de feu. Interrogé après les faits par son commandant, il a apparemment dit ceci: «Ce terroriste était vivant et il fallait qu'il meure» (1). La victime s'appelle Abdel Fattah al-Sharif.

Les événements ayant été enregistrés en vidéo par un militant des droits de l'homme, le tribunal militaire n'avait pas beaucoup de marge de manœuvre et le choix des trois juges était entre le meurtre et l'homicide. En simplifiant, en droit israélien, l'homicide (manslaughter) implique l'absence de préméditation, une situation où on est pris dans le feu de l'action, alors que le meurtre (murder) suppose une intentionnalité. 

Dans le cas d'Azaria, on ne voit pas bien comment les juges ont pu considérer qu'il n'y avait pas intentionnalité («il fallait qu'il meure»), mais, au moins, ils ne l'ont pas déclaré non coupable. C'est pourtant la règle en ce qui concerne les meurtres de Palestiniens commis par des Israéliens : dans la quasi-totalité des cas, ces actes entraînent peu, voire pas du tout, de conséquences judiciaires. Pour les désigner, l'expression en Israël est «incidents normatifs».

Le 4 janvier 2017, Elor Azaria a été jugé coupable d'homicide et la colonel Maya Heller a dit qu'il avait agi «calmement, sans sentiment d'urgence, d'une manière calculée» — ce qui, à mon sens, fait de nouveau penser au meurtre plutôt qu'à l'homicide.

Le jour même, le ministre de l'Éducation Naftali Bennett a appelé à gracier Azaria «immédiatement». La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev a fait parvenir une requête officielle de grâce au ministre de la Défense et elle a déclaré que la procédure judiciaire «n'aurait jamais dû être lancée». Ses collègues Yisrael Katz, ministre des Transports, et Arye Dery, ministre de l'Intérieur, ont également demandé la grâce. Dery a dit que «les souffrances que le soldat et sa famille ont enduré justifient la grâce» (2).

On n'a pas d'informations sur ce que la famille du jeune homme assassiné pense des souffrances ressenties par son meurtrier.

(1) A. Kaplan Sommer, «Explained: Why the Hebron Shooter Trial Is Dividing Israel», Haaretz, 4/1/2017.
(2) Jonathan Lis et Jack Khoury, «Israeli Lawmakers Call to Pardon Hebron Shooter Elor Azaria», Haaretz, 4/1/2017.

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