La peine de mort en Israël

Israël est l'un des très rares pays démocratiques à connaître la peine de mort. Elle n'a été exercée que deux fois, la première en 1948 pour Meir Tobianski, qui était accusé de trahison, et la seconde en 1962 pour le criminel de guerre nazi Adolf Eichman. 

Tobianski a été blanchi plus tard, mais c'est tout le problème de la peine de mort : les personnes innocentées restent mortes. 

Le 3 janvier 2018, la Knesset a accepté par 52 voix contre 49 une proposition de loi destinée à faciliter les condamnations à la peine de mort par les tribunaux militaires israéliens (1). D'une part, la sentence n'aurait plus besoin d'être demandée à l'unanimité des juges, mais seulement par la majorité d'entre eux, et, d'autre part, une fois la peine confirmée par la Cour suprême, la possibilité de la commuer en un emprisonnement n'existerait plus.

Mais il reste des obstacles devant cette proposition. D'abord, ce n'est qu'un vote sur une proposition de loi. Plusieurs étapes doivent encore être franchies avec succès pour qu'elle aboutisse à une loi et entre en vigueur.  

Ensuite, les conséquences possibles à l'extérieur d'Israël seraient potentiellement nuisibles pour le pays : nouvel élan de boycott, manifestations violentes, meurtres de civils juifs à titre de représailles, etc. En Israël, le Shabak (équivalent du FBI) s'oppose à la proposition parce que des kidnappings de juifs seraient à prévoir partout dans le monde (2) et les dirigeants militaires eux-mêmes n'y sont pas favorables. Ces préoccupations sont susceptibles d'élargir progressivement le groupe des parlementaires qui combattent la proposition.

Enfin, toute condamnation à mort doit être approuvée par la Cour suprême israélienne, et il n'est pas certain qu'elle donnerait son aval. Beaucoup d'autorités judiciaires ont des doutes sur le bien-fondé de la peine de mort.

À noter qu'on parle essentiellement ici de principes. Dans les faits, la peine de mort est exercée presque journellement contre des Palestiniens au moyen des meurtres de civils (voir Des exécutions extra-judiciaires) et des assassinats ciblés, dont le cas le plus connu est celui de Salah Shehade, qui a fait 14 morts et plus de 150 blessés le 22 juillet 2002. Parmi les morts, 8 étaient des enfants.

(1) Jonathan Lis, Noa Landau, «Knesset Gives Preliminary Backing to Death Penalty for Terrorists», Haaretz, 3/1/2018.
(2) Chaim Levinson, «Shin Bet Warns Israeli Ministers: Death Penalty for Terrorists Will Lead to Kidnappings of Jews Worldwide», Haaretz, 3/1/2018.

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