La question israélo-palestinienne résumée en quelques mots

On entend fréquemment dire que la question israélo-palestinienne est compliquée, mais elle ne l'est pas tant que cela. 

La situation actuelle est le résultat d'une chaîne d'événements qui a commencé avec les persécutions antisémites commises en Europe. Au XIXe et au XXe siècle, ces persécutions ont abouti dans l'empire russe à des massacres qui ont fait 100'000 à 200'000 morts, voire plus, ce qui a amené beaucoup de gens à fuir pour sauver leur vie. 

Certains de ces réfugiés russes se sont rendus en Palestine, qui faisait alors partie de l'empire turc, encouragés en cela par l'Agence juive: selon Noam Chomsky, les sionistes ont tenté de différentes façons d'empêcher les fuyards «d'exercer leur libre choix, de telle façon qu'ils soient contraints d'aller en Israël» (1).

Au XIXe siècle, la population de Palestine comptait environ 400'000 musulmans, 40'000 chrétiens et 25'000 juifs. Pour Shlomo Ben-Ami, ancien ministre israélien, cela posait un problème: «Comment créez-vous un État juif dans une région dont la majorité écrasante des habitants ne sont pas juifs ?» (2).

Entre 1880 et 1936, 400'000 nouveaux arrivants se sont joints aux 25'000 Palestiniens juifs d'origine, et les accrochages se sont multipliés entre les habitants et les immigrés, qui ont mis en place une armée irrégulière, la Haganah, et des milices, l'Irgoun et le Lehi.

À la suite de la Shoah, une nouvelle vague d'immigration a suivi la fin de la deuxième guerre mondiale. En 1947, il y avait 610'000 immigrés juifs face à une population musulmane et chrétienne de 1'240'000 personnes. C'est à ce moment que les Nations Unies ont décidé de proposer de couper la Palestine en deux et d'accorder 56 % du territoire aux immigrés juifs, y compris «les meilleures terres agricoles» (3), laissant les autres 46 % aux habitants d'origine. C'est la Résolution 181, acceptée par 33 États contre 13, avec 10 abstentions.

La résolution 181 soulève des interrogations. Sachant que la Palestine n'appartenait pas aux Nations Unies, de quel droit l'Assemblée générale pouvait-elle proposer de déposséder la population résidente du pays de plus de la moitié de son territoire ? Cela paraît difficile à concilier avec les principes «de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes» (Charte, art. 1.2) et avec celui «de la primauté des intérêts des habitants» des territoires de l'ex-empire turc (art. 73). C'est aussi peu compatible avec l'obligation de traiter les peuples avec équité (art. 73.a) et de tenir compte de leurs aspirations politiques (art. 73.b).

Noam Chomsky a une image parlante: «Si quelqu'un prenait possession de votre maison et puis vous offrait deux ou trois pièces dans un "compromis honnête", vous ne seriez peut-être pas conquis par sa générosité, même s'il est sans abri, indigent et persécuté» (4).

Les dirigeants et les populations de la région n'ont pas admis qu'on offre ainsi un de leurs territoires à des Européens et ils ont pris les armes, déclenchant la première guerre israélo-arabe (décembre 1947 – janvier 1949). La proclamation de la fondation de l'État d'Israël a été faite en pleine guerre le 14 mai 1948. 

Face à des troupes mal équipées (il n'existait pas d'armée palestinienne et les États de la région étaient à peine nés), les forces israéliennes ont remporté la victoire, vidant au passage la Palestine de la majorité de ses habitants. Ilan Pappé: «Chaque commandant de brigade recevait une liste des villages ou des quartiers qui devaient être occupés et détruits et dont les habitants devaient être expulsés, avec les dates exactes» (5).

Le problème des réfugiés était né: les habitants qui s'étaient enfuis pour échapper à la guerre ont ensuite été empêchés de rentrer chez eux par les militaires israéliens. En décembre 1948, juste avant la fin de la guerre, les Nations Unies ont demandé à ce que cela cesse, décidant «qu'il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible» (résolution 194), mais sans effet jusqu'à aujourd'hui. 

En janvier 1949, à la fin des hostilités, l'armée israélienne occupait 79 % de la Palestine, avant d'envahir le reste du pays dix-huit ans plus tard lors de la guerre de 1967.

Actuellement, ces 79 % constituent toujours le territoire que le Conseil de sécurité propose d'allouer à Israël (résolution 242 de 1967), mais, jusqu'ici, les États-Unis ont barré la route à la mise en œuvre de cette solution.

(1) Noam Chomsky, Fateful Triangle, South End Press, New York, 1999, p. 464.
(2) Amy Goodman, «Norman Finkelstein and Former Israeli Foreign Minister Shlomo Ben-Ali Debate», Democracy Now!, 14 février 2006.
(3) Benny Morris, 1948, Yale University Press, New Haven, 2008, p. 65.
(4) Noam Chomsky, 
Fateful Triangle, South End Press, New York, 1999, p. 92.
(5) Ilan Pappé, The Ethnic Cleansing of Palestine, Oneworld Publications, Oxford, 2006, p. 82.


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