La violence est le problème, pas la solution

On voit souvent la non-violence comme une politique sympathique mais inefficace. Mais c'est plutôt le contraire qui est vrai. 

D'une part, la non-violence n'est pas «sympathique». Par exemple, coller des affiches n'est pas violent, mais, quand la CGT française en a publié où elle se plaignait des brutalités des CRS, cela a provoqué une multitude de réactions indignées dans la police, mais aussi au gouvernement et dans les milieux politiques (1).  

D'autre part, elle n'est pas inefficace, comme le montre le fait qu'elle a participé à la chute de nombreux gouvernements totalitaires : le régime d'apartheid d'Afrique du Sud, l'autocratie salazariste du Portugal, une dizaine de dictatures d'Amérique du Sud, etc. 

En réalité, c'est souvent la violence qui est inefficace, et les tirs de roquettes et les attentats suicides palestiniens en fournissent un bon exemple. Quelles sont leurs conséquences ?

  • Elles visent principalement des civils, y compris des femmes et des enfants, ce qui est humainement inacceptable, mais aussi interdit par le droit international. Or la Palestine se réclame justement du droit international pour demander qu'Israël se retire du territoire palestinien.
  • Leur effet sur les capacités militaires israéliennes est nul.
  • Au contraire, elles sont utilisées par les Israéliens pour légitimer le maintien ou l'augmentation du budget militaire du pays.
  • Elles compliquent la tâche des partisans israéliens de la solution des deux États.
  • Elles offrent aux Israéliens un prétexte pour justifier leurs propres opérations contre la population palestinienne, avec des conséquences très lourdes.
  • Elles attisent la haine et le rejet des Palestiniens dans la population israélienne.
  • Elles ont un impact fâcheux sur l'image des Palestiniens auprès des opinions publiques occidentales. 
  • Elles monopolisent l'attention des médias et rejettent dans l'ombre les vrais problèmes que sont l'occupation militaire de la Palestine, l'annexion graduelle de son territoire au moyen des colonies et l'appropriation des ressources naturelles du pays.
  • Elles donnent des munitions aux opposants de la Palestine dans la communauté internationale («les Palestinien sont des terroristes») (2).
  • Elles aident le gouvernement des États-Unis à justifier son soutien au gouvernement isralien. 
  • Elles servent à légitimer la poursuite indéfinie de l'occupation militaire de la Palestine.
  • Elles ont fourni une excuse aux Israéliens pour construire le mur dit de «séparation» (qui sépare en réalité 75 % de la population palestinienne des autres 25 %).

Un exemple de méthode d'action non violente mais potentiellement efficace est quand la petite Jana Tamimi filme les occupants avec son smartphone et met les images sur les réseaux sociaux, mais il existe de nombreuses autres possibilités. Le site A Force More Powerful en dénombre 198, et il cite ces mots de l'archevêque Desmond Tutu : «Quand les gens décident qu'ils veulent être libres [...] il n'y a rien qui puisse les arrêter». Et en effet, peu de gens croyaient à la chute du régime raciste d'Afrique du Sud. Elle a pourtant fini par se produire.

(1) A. Cailhol, I. Halissat, «CGT : l'affiche qui fâche la police», Libération, 19 avril 2016.
(2) P. Greenwood, «Newt Gingrich condemned for calling Palestinians 'terrorists'», The Guardian, 11 décembre 2011.

http://pierrejaquet.com