Le Moyen-Orient est gangrené par la violence et la haine

D'après une déclaration du général américain McMaster, chef du National Security Council, la Corée du Nord a le choix entre mettre fin d'elle-même à son programme nucléaire et se voir contrainte à le faire par la force. Le pays serait dangereux : «Regardez ce régime, l'hostilité de ce régime envers le monde entier» (1). Mais il n'existe aucun indice, dans les paroles ou les actes du président Kim, qui montrerait qu'il est hostile à qui que ce soit à part les États-Unis et le Japon (qui a occupé la Corée de 1910 à 1945).

Combien de pays Kim a-t-il attaqué militairement ? Pas un seul. Les États-Unis, eux, sont en guerre en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Syrie, au Yemen et en Somalie, et ces actions sont seulement les derniers exemples d'une suite d'environ 200 attaques militaires ou paramilitaires menées contre des dizaines de pays dans le monde depuis le XIXe siècle (2).

Un ou deux millions de victimes civiles, voire plus, ont été tuées au Moyen-Orient au cours des conflits actuels. L'armée israélienne occupe la Palestine depuis 1967. Les États-Unis ont envahi militairement l'Irak en 1991 alors qu'une solution diplomatique était à portée de la main (3) et, depuis, la guerre n'a connu que de brèves interruptions. En 2001, ils ont fait de même avec l'Afghanistan et le conflit dure toujours aujourd'hui. C'est la plus longue guerre jamais faite par les États-Unis, et elle est en train d'empirer sous le président Trump (4).

La mort de chaque victime civile est terrible pour sa famille. On a pu se faire une idée des souffrances que cela amène en suivant à la radio et la télévision les interviews de certaines des 130 familles touchées par les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Or, au Moyen-Orient, la désolation est identique, mais il ne s'agit pas de 130 familles ; c'est au moins un ou deux millions de familles qui ont été frappées. 

Et si on ajoute les pertes militaires à ces victimes civiles, peu de gens, au Moyen-Orient, ont la chance de ne compter ni mort ni blessé parmi leurs proches. Environ 10 % de la population de l'Irak est morte dans les conflits qui se sont succédés de 1980 à aujourd'hui (5).

Les dirigeants occidentaux sont les premiers responsables, mais ils ne sont pas les seuls : il y a aussi une partie des régimes de la région, les mouvements islamistes comme al-Qaeda ou l'ISIS, et le gouvernement russe. Néanmoins, même les personnes tuées par les islamistes ou les militaires locaux ont des raisons d'en vouloir à l'Occident. D'une part, les régimes de la région bénéficient ou ont longtemps bénéficié du soutien occidental. D'autre part, les débuts d'al-Qaeda ont été financés par les États-Unis (6) et les militaires de l'armée régulière irakienne qui ont rejoint les rangs de l'ISIS seraient restés des militaires de l'armée régulière si les dirigeants américains les avaient laissés à leur poste. Si al-Qaeda et l'ISIS existent, c'est à la suite des guerres menées par les États-Unis contre les pays de la région.

(1) Jennifer Rubin, «What did McMaster say about war with North Korea», The Washington Post, 19/12/2017.
(2) Pierre Jaquet, États-Unis : Une politique étrangère criminelle, Alphée, 2010.
(3) Ibid., p. 258-259.
(4) Jennifer Wilson, «Trump's Air War», New Republic, 17/10/2017.
(5) Pierre Jaquet, 
États-Unis : Une politique étrangère criminelle, Alphée, 2010, pp. 251-302.
(6)
Ibid., p. 305.

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