Les motivations des combattants dits islamistes

Le 14 février 2003, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, avait pris la parole aux Nations Unies au nom du gouvernement de Jacques Chirac pour s'opposer à la guerre que les États-Unis étaient sur le point de lancer contre l'Irak, et qui a fait entre 100'000 et 1'500'000 morts, avec une évaluation plausible faite par la revue scientifique Plos Medecine, aux États-Unis, d'un demi-million de morts (1). Soit dit en passant, il y aurait de quoi s'interroger sur le pourquoi de l'imprécision de cette fourchette alors qu'on sait à l'unité près combien il y a eu de morts occidentaux, mais ce n'est pas le sujet de ce billet.

En septembre 2014, Villepin a rappelé la signification de cette agression: «Ayons conscience que cet État islamique, Daesh, nous l'avons nous-même en grande partie enfanté». Il a aussi redit que la violence appelle la violence: «Il n'y a pas d'exemple, aujourd'hui, Afghanistan, Irak, Libye, qui ne conduise pas à davantage de guerre et davantage de chaos» (2). 

Dans de nombreux cas, on a pu faire tomber des dictatures sans recourir à la guerre, par exemple en Grèce (1974), au Portugal (1974), en Espagne (1975), au Brésil (1985), au Chili (1990), en Afrique du Sud (1991). D'après moi, c'est clairement la voie à suivre contre Daesh.

L'analyse de Villepin est partagée par un combattant de Daesh récemment fait prisonnier par les Kurdes. Interrogé sur ses motivations par Lydia Wilson, une chercheuse du Centre for the resolution of intractable conflict de l'université d'Oxford, il a dit : «Les Américains sont venus. Ils ont pris Saddam, mais ils ont aussi pris notre sécurité. Je n'aimais pas Saddam, nous mourions de faim alors, mais au moins nous n'avions pas la guerre» (3). 

D'après le général américain à la retraite Doug Stone, ce grief est unanime en Irak. Lors de la troisième guerre du Golfe, Stone a passé deux ans dans le pays à interroger des détenus. Il dit que le reproche de ce prisonnier «reprenait exactement la même plainte de chacun de nos détenus».

D'autres propos de ce prisonnier sont intéressants : «Nous avons besoin que la guerre se termine, nous avons besoin de sécurité, nous sommes fatigués de tant de guerre [...] tout ce que je veux, c'est d'être avec ma famille, mes enfants». Dans les territoires régis par Daesh, les fanatiques et les égorgeurs ne représentent qu'une petite minorité. La plupart des gens sont comme tout un chacun: ce qu'ils veulent, ce n'est pas la guerre, c'est d'avoir une famille, une maison et un travail. 

(1) Quentin Raverdy, «Les 500 000 morts de la guerre en Irak», Le Point, 18 octobre 2013.
(2) «"La guerre contre le terrorisme ne peut pas être gagnée" - Échange entre D. de Villepin et H. Védrine»,  http://www.france2.fr/emissions/ce-soir-ou-jamais/videos/la_guerre_contre_le_terrorisme_ne_peut_pas_etre_gagnee_-_echange_entre_d._de_villepin_et_h._vedrine_17-11-2015_984316, France 2, 17 novembre 2015.
(3) Lydia W
ilson, «What I Discovered From Interviewing Imprisoned ISIS Fighters», The Nation, 21 octobre 2015.

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