Où mène la guerre au Moyen-Orient (II) ? 

Parlant de la guerre en Syrie et en Irak, une idée répandue est que les mouvements islamistes violents peuvent être vaincus au moyen d'opérations militaires. C'est la notion de «guerre contre le terrorisme». 

Mais beaucoup d'experts pensent que c'est une idée sans fondement, notamment Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère français de la Défense (1), Michel Goya, ex-colonel de l'infanterie de marine (2) et Jonathan Shaw, ex-général et assistant du chef d'état-major de la Défense britannique. 

Le général Shaw est inquiet: «Ma crainte systémique est que nous sommes en train de répéter les erreurs que nous avons faites en Afghanistan et en Irak: mettre le militaire beaucoup trop en avant et au centre dans notre réponse à la menace sans aborder la question politique fondamentale et les causes. [...] J'ai juste une impression horrible, que nous sommes en train de rendre les choses pires» (3).

Cette problématique rappelle celle de la fermeture proposée des mosquées wahhabites. En agissant ainsi, on aboutit à la continuation des mêmes réunions des mêmes islamistes radicaux, mais dans des locaux clandestins, ce qui ne fait que compliquer leur surveillance.  

On ne voit pas pourquoi la réussite des opérations militaires contre Daesh n'aurait pas le même résultat. Le mouvement ne sera pas détruit, il deviendra simplement souterrain. 

Les islamistes violents ne sont pas des soldats qui rentrent chez eux à l'armistice et redeviennent des civils, ce sont des criminels qui restent ce qu'ils sont.

À la suite de la victoire des forces russo-syriennes contre les gens de Daesh et du Jabhat Fateh al-Sham, les membres de ces mouvements risquent de se fondre dans la population civile et de se réfugier dans les pays voisins, notamment en Jordanie. Les conséquences de cette dissémination sur le conflit israélo-palestinien risquent d'être importantes.

(1) «"Le terrorisme ne se combat pas par la guerre" (Pierre Conesa)», France Info, 20/1/2015.
(2) Pascal Pogam, «Michel Goya: "Syrie: même si on gagne sur le terrain, l'État islamique perdurera"»,
Les Echos, 19/11/2015.
(3) David Blair, «Gulf states must tackle monster they have fed»,
The Sunday Telegraph, 5/10/2014.

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