"Tirez pour tuer"

Le mois d'octobre 2015 a vu une énième résurgence des violences, avec des attaques menées par des activistes palestiniens et israéliens contre des militaires et des civils de l'autre camp. 

Beaucoup d'assaillants palestiniens, réels ou soupçonnés, ont été tués sur place par des militaires, des policiers ou des civils armés. Cela n'a été le cas d'aucun assaillant israélien.

À deux occasions, il existe des vidéos d'amateur. Un jeune Palestinien, Basel Sidr, est tombé après avoir essuyé des coups de feu, mais les tirs ont continué alors qu'il était à terre, immobile, sans personne proche de lui. Un autre, Fadi 'Alun, s'est écroulé après avoir reçu un projectile, mais un policier a tiré sept autres balles. Les deux Palestiniens sont morts (1).

Dans un État de droit, les criminels pris en flagrant délit sont arrêtés et présentés devant la justice. C'est l'une des plus anciennes règles de droit et l'une des mieux établies, et on la trouve dans un grand nombre de textes juridiques, notamment le pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par Israël en 1991. «Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal compétent, indépendant et impartial, établi par la loi» (art. 14.1). 

C'est un point essentiel de la formation des forces de l'ordre: comment s'y prendre pour arrêter une personne dont le comportement est violent, cela en minimisant les risques de blessures pour tout le monde. Il est important que, par son intervention, la police ne cause pas plus de dommages que la situation n'en susciterait sinon.

D'ordinaire, les policiers israéliens y parviennent tout comme leurs homologues des autres pays. «Depuis septembre, toutefois, la mort a été le lot de la plupart des Palestiniens maniant un couteau. Nos dirigeants ont en partie préparé le terrain. Le premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré sa "tolérance zéro pour la terreur" le mois dernier. Le ministre de l'Intérieur Gilad Erdan a déclaré que "tout terroriste doit savoir qu'il ne survivra pas à l'attaque qu'il va commettre". Le chef de la police de Jérusalem Moshe Edri a dit: "Quiconque poignarde des juifs ou blesse des gens innocents doit être tué". Yair Lapid, de Yesh Atid, a dit: "Vous devez tuer quiconque qui sort un couteau ou un tournevis"» (2). 

Cette politique est clairement illégale. Dans un État de droit, la police n'a pas à être juge, jury et bourreau.

(1) «Footage raises grave concern that Fadi 'Alun and Basel Sidr were shot while no longer posing danger», B'Tselem, 15 octobre 2015, http://www.btselem.org/press_releases/20151015_suspected_shooting_at_alun_and_sidr.
(2) Steven Klein, «Why Israel's Unwritten 'Shoot to Kill' Policy Is So Dangerous», Haaretz, 20 octobre 2015.

http://pierrejaquet.com